Un peu d'histoire
Le hameau de Chantelou (orthographe du Moyen Age) (parce que à la pointe du bois de la Haute lsle, on y entendait parfois crier les loups) avait environ 550 habitants (bûcherons et petits vignerons cultivateurs ) et dépendait de la paroisse de Triel.
Les gens modestes mais très religieux, réclamaient depuis longtemps le droit de construire leur église et d'avoir un prêtre résidant. Pour baptiser les petits enfants et donner aux mourants l'extrême onction, la paroisse était trop loin.
Sous le règne du roi François Ier, ils obtinrent enfin du curé de Triel l'autorisation de bâtir, et ils eurent dès lors un vicaire habitant le village, bientôt aidé d'un chapelain et de deux maîtres d'école. Il y eut deux marguilliers pour l'église et un conseil de fabrique pour gérer les dons nombreux que recevait cette église de pèlerinage.
Notre église fut bâtie d'un jet entre 1 514 et 1 518 comme en témoigne la pierre de fondation qui était au fond de l'église et se trouve maintenant dans les ateliers municipaux.
Un brin d'architecture et de style
Cette église, élevée au milieu du XVI e siècle à la Renaissance, est le témoin d'un style de transition entre le gothique flamboyant et la renaissance (de l'ouest à l'est - orientation normale vers Jérusalem - de toutes les églises anciennes) on est de plus en plus « moderne ».
Voyez seulement : à l'ouest le porche qui s'ouvre sous le clocher est en gothique flamboyant avec ses bancs de pierre ; on pouvait s'y reposer après les longs chemins de pèlerinage.
Ce porche comporte, comme les cathédrales, un double portail, deux portes séparées par un trumeau et surmontées d'un tympan. Le tout était décoré de statues en bois, une vierge à l'enfant au trumeau, Ste Catherine et St Nicolas de part et d'autre (toutes volées) . Les sculptures du tympan ont été remplacées par une mosaïque tardive, les feuilles de vigne rappellent l'occupation principale des paroissiens.
Si nous faisons le tour en foulant l'ancien cimetière qui entourait l'église, nous remarquons que la nef est encore gothique, avec ses contreforts pour contrebuter la poussée de la large voûte ogivale (qui est solide, elle t'a prouvé récemment) et ses petites fenêtres ogivales également.
Mais, à la hauteur du chœur, les fenêtres deviennent de larges baies arrondies; les meneaux, arrondis également, n'ont plus rien à voir avec la forme d'une flamme. (l’horizontalité retrouve ses droits) et les trois pans coupés de l'abside (qui n'est plus ronde) sont résolument renaissants.
L'aventure du clocher
Le 26 Décembre 1999 une brusque tornade s'abattit sur le village, brisant les arbres. Le vent s'engouffra par les fenêtres de la tour et souleva le toit à deux pointes du clocher qui retomba avec son coq et son soleil, sur la charpente de la nef.
Notre cloche, la Marie-Roch, parrainée par la famille Barrois de l'époque et baptisée en 1 856, se trouva à l'air libre dans une tour fragilisée.
|
Comme par le passé, la générosité des chantelouvais, a permis la restauration du clocher menacé d'effondrement. Le 3ème étage de la tour et sa balustrade ont été supprimés, les pinacles des contreforts arasés et le tout a été coiffé d'un étage en bois abritant la cloche avec une flèche modeste et plus légère.
Comme pour nous consoler, la restauratrice a sculpté en haut de ce qui reste de la tour, une très jolie frise de feuilles de vignes, dont il faut lui être reconnaissants. |
 Pose de la nouvelle nef (juillet 2003)
|
L'intérieur de l'église
Un brin d'architecture
Vous pouvez admirer les belles proportions de cette nef unique, en style gothique, voûtée de cintres surbaissés selon le goût de ce début de la Renaissance où l'on se prend à aimer l'espace et la clarté.
Les deux chapelles : à gauche celle de St Vincent patron des vignerons, à droite celle de la Vierge donnent au plan de l'église la forme classique d'une croix latine.
Prés de la porte d'entrée à gauche, une petite chapelle était traditionnellement réservée aux fonts baptismaux, qui se trouvent aujourd'hui dans la chapelle de la Vierge, car on ne rentrait dans la « maison » église qu'une fois baptisé.
Décoration sculptée : les clefs de voûte ont été abîmées à la Révolution ; ne reste, à demi arasée, que celle du chœur. Elle porte un blason à chevron qui est, sans doute, celui de Nicolas de Neuville, seigneur auquel les terres de Chantelou étaient inféodées, mais qui n'y résida jamais.
Plusieurs culs-de-lampe aux retombées de voûte dans la nef, et un chapiteau des colonnes engagées du choeur sont sculptés. Ils représentent comme un résumé de la création : à gauche un ange annonciateur (il tient une banderole) , un vigneron taillant sa vigne , une grosse bonne femme, à droite un vilain gros chien, peut être un loup, et dans le chœur, des feuillages. Le reste n'a pas été sculpté, sans doute faute d'argent.
Le mobilier
Vous ne pouvez manquer d'êrtre frappés par l'élégance classique de la tribune sur ses deux jolies colonnes, magnifiquement restaurées. Elle est surmontée d'une balustrade vénérable puisque c'est elle qui, à la fondation de l'église séparait le chœur de la nef. Elle fut remplacée au XVIIème et XVIIIéme siècles par des grilles qui, sous la Révolution en 1794, furent fondues en canon, quand la patrie fut en danger, avec les cloches et presque tous les ustensiles du culte.
L'église était entièrement lambrissée. Il faut imaginer cette nef garnie de bancs clos dûment payés et marqués au nom de chaque famille de la paroisse. Il y avait ainsi 330 places attribuées dans la nef. En bonne place le banc d'oeuvre, dont il reste deux parties dans les chapelles de gauche. Remarquez la forme des sièges qui, une fois relevés, permettent de s'appuyer et de reposer ses jambes lorsque la cérémonie exige que l'on soit debout : cela s'appelle une miséricorde. Admirez aussi les lustres.
Objets divers et images de saints
Au fond à gauche, une plaque de marbre indiquant la donation récente faite par des anciens agriculteurs chantelouvais pour la reconstruction du clocher. De même tous les vitraux du XIXème siècle sont datés et signés mais ils n'ont pas de beauté spéciale.
Remarquons seulement ceux du fond : Ste Catherine, fêtée le 25 Novembre, était la patronne de la confrérie des filles et St Nicolas, fêté le 6 Décembre, le patron de celle des garçons.
C'était la fête des jeunes ces jours là.
Au fond à droite, une petite vierge en bois doré sous une couronne royale de style Louis XV, était le couronnement d'un ancien bâton de procession offert au XVIIIème par la confrérie des filles. A coté une grande et belle statue de St Roch en pèlerin de St Jacques (ce qui est une erreur car St Roch, au XIIIème siècle, fut pèlerin non pas de St Jacques de Compostelle mais de Rome). Le chapeau de sa statue au retable du maître autel porte les clefs de St Pierre. Même malentendu sur la jolie statuette de bronze qui couronne son reliquaire, hélas profané et vandalisé, dans la chapelle St Vincent.
Les vitraux classés (Monument historique)
Par économie et par goût de la lumière, les grandes fenêtres renaissance du choeur ne furent pas entièrement historiées (comme à Triel par exemple) ; les 6 verrières en verre teinté (=grisailles) furent décorées chacune de 2 cartouches, en l'année 1555. On ne sait rien du vitrail axial dont la fenêtre fut murée pour placer le grand rétablie au siècle suivant. Au XIXème siècle, on remùplace les grisailles, sans doute détériorées, par des croisillons au goût de l'époque, et l'on remplaça, heureusement, les cartouches anciennes au milieu.



|
L'histoire de Saint-Roch
Roch fut, à la fin du XIIIème siècle, un noble bourgeois de Montpellier, fils de gouverneur de la ville. Il abandonne ses biens et part à Rome en pèlerin. Sur son chemin, il soignait et guérissait les pestiférés, atteint lui-même de la peste et souffrant à la cuisse d'une horrible plaie, il se retire en ermite dans les bois près de Plaisance.
C'est là qu'un ange venait le consoler (chasse) et que le chien d'un riche bourgeois de Plaisance (Gothard) lui apportait du pain et léchait sa plaie. Un jour Gothard suivit son chien, et converti, s'est fait ermite au St Gothard. De retour à Montpellier, on le prend pour un espion des italiens et on le jette en prison où il meurt au bout de 4 ans.
Sa dévotion se répand à la fin du Moyen Age -prières et pèlerinage au saint qui, émule de St Sébastien qui remplissait déjà ce rôle, sauve de toutes les "pestes" hommes et animaux.
Rien qu'à Chanteloup, plus de 40 paroisses du voisinage venaient annuellement en pèlerinage auprès du saint guérisseur.
Tout en lisant les histoires reportées sur les vitraux, on peut admirer la finesse de ces petits tableaux - le dessin des visages, les paysages avec monuments connus et rivières à l'arrière plan - les ciels - les architectures - les drapés - les couleurs - tout est merveilleux.
Les vitraux du XVIème siècle sont réalisés pour leur plus grande part, sur du verre blanc avec des dessins au blanc d'argent et des émaux de différentes couleurs. Ce sont de vraies peintures sur verre, à la différence des vitraux des XIIème et XIIIème siècle de nos cathédrales qui sont des mosaïques des verres plus épais, colorés dans la masse. |



|
Le retable du Maître Autel (classé Monument historique)
En 1681, sous le règne de du roi Louis XIV, les chantelouvais offrirent à leur église un grand et magnifique retable classique, digne du sanctuaire de pèlerinage qu'elle était alors. Si grand et si beau qu'il ne tenait pas sous la voûte du chœur. C'est pourquoi le sommet de l'ouvrage a été scié (c'est très visible de la nef).
C'est pourquoi aussi, la représentation de la Sainte Trinité qui, en ces temps de contre-réforme, constitue l'axe central du monument, a été tronqué ; en effet, le Fils est représenté par le tabernacle surmonté de la croix, le Père occupe le médaillon central tout en haut, mais le Saint Esprit, dont la colombe devait, au sommet, surmonter l'ensemble a disparu dans cette nécessaire mutilation.
Le Père Eternel trônant parmi les nuages et les anges tout là haut, paraît très beau et très touchant. Sa grande main repose sur le globe terrestre qu'il protège comme un ballon d'enfant. Il est vêtu d'une sorte de redingote et son visage au crane à demi dégarni et à l'abondante barbe bouclée, ressemble d'avantage à celui d'un bon marguillier de paroisse qu'au mystérieux Seigneur révélé à Moïse.
Pourquoi se choquer de cette belle et naïve représentation du Père Eternel ? Cette image trop humaine en dépit des nuages, d'un brave homme attentif au monde semble aussi proche de la révélation évangélique que toutes les abstractions lumineuses qu'on a imaginées depuis.
Revenons à l'effet général, tout à fait majestueux. L'architecture classique des grandes colonnes et de l'entablement, sobrement décorées de guirlandes de fleurs et d'angelots, rappelle la noblesse des monuments romains. Avec la stabilité du cadre, contraste la vie et le mouvement du tableau et des grandes statues baroques.
Le tableau représente l'Assomption de la Vierge, témoin entre parenthèses, d'une dévotion populaire vivante et ancienne, bien avant la définition d'un dogme contesté. On voit, au bas du tableau, le cercueil ouvert et le linceul abandonné, tandis que Marie s'élève portée par les anges.
Les deux grandes statuent par contre, sont superbes et frémissantes de vie. Depuis le bas Moyen Age, St Sébastien et St Roch font la paire, invoqués pour défendre de la peste ou de toutes maladies contagieuses qu'on ne saurait ni prévenir ni guérir, et finalement de tout mal qui menace les bêtes comme les gens. lls sont pourtant historiquement très éloignés : St Sébastien fut criblé de flèches à Rome au IIIème siècle sur l'ordre de l'empereur Dioclétien, un des plus affreux persécuteurs de chrétiens ; la légende dorée dit qu'il en reçut tant qu'il ressemblait à un hérisson. Le geste du bras, l'expression du visage, le léger déhanchement de ce corps jeune : tout dans cette statue est noble et vivant.
St Roch n'est pas un martyr. Né à Montpellier au Xlllème siècle, il fut successivement pèlerin, infirmier dévoué des pestiférés, malade lui-même et ermite, puis prisonnier injustement. Il est donc représenté en pèlerin, aussi vêtu que son compagnon l'est peu. Sur son chapeau, les clefs de St Pierre du pèlerin de Rome (contre réforme oblige !). Il porte le bourdon et le manteau. Sur sa cuisse: la plaie, rappelant plutôt la lèpre que la peste, et, à ses pieds, le chien qui l'aide à survivre dans sa solitude en lui apportant du pain. Lui aussi est plein de mouvements et d'animation.
Au centre de l'autel, en bas, le tabernacle fut offert au siècle suivant, 1712, par un couple du village (Barrois Armery) des noms que nous connaissons encore ! La porte représente l'anneau Pascal et les 2 petits bas-reliefs argentés de part et d'autre, figurent l'Annonciation.
Telle qu'elle nous est rendue aujourd'hui, cette église est précieuse pour les chantelouvais. Ils l'ont voulue, aimée.
Elle a été l'objet de leur générosité et le centre de leur dévotion. lls ont été fiers de l'enrichir, puis de la restaurer. Elle reste, après quatre siècles, l'âme de cette ville et l'on est heureux d'entendre, à nouveau, tinter la Marie-Roula.
NB : Dans la petite chapelle des Fonts Baptismaux, à gauche de l'entrée, subsiste un petit vitrail du XVème siècle plus ancien que l'église, dont on ignore l'origine. Il représente St Sébastien, percé de flèches, et St Adrien, patron de la confrérie de charité. Celui-ci porte une tenue de diacre (dalmatique violette et étole en biais ) par-dessus sa cuirasse. Comme Sébastien, il fut un soldat romain martyrisé sous l'empereur Dioclétien au IIIème siècle ? L'épée qu'il tient, montre qu'il a été décapité, et le lion, qu'il a été livré aux bêtes.
En remontant la nef vous remarquerez le chemin de croix qui n'a pas de valeur patrimoniale, mais se trouve traditionnellement dans toutes les églises. Le Vendredi Saint, les fidèles accompagnent Jésus sur son chemin vers la croix et jusqu'au tombeau, en s'arrêtant aux 14 stations.
Les chapelles latérales : vous voyez dans l'une et l'autre des restes des boiseries classiques qui entouraient le chœur et la nef. Leur état de dégradation n'a pas permis de les conserver à la dernière restauration, mais beaucoup d'entre nous s'en souviennent encore, ainsi que des bancs clos. Du côté de St Vincent, les plaques de chantelouvais morts à la guerre, le banc d'oeuvre cité plus haut et la chasse offerte à St Roch à la libération quand la paroisse fût épargnée. Bien abîmée, elle conserve, vide, l'effigie en bronze de St Roch accompagné d'un angelot et du chien fidèle qui lui apportait du pain dans sa solitude d'ermite. Du coté de la Sainte Vierge, à droite, les Fonts Baptismaux (cités plus haut) et au pied de l'autre, une belle statue ancienne, en bois, de la Vierge repeinte au siècle dernier.